L’effarante histoire du couvercle de Flamanville 3

, par   Bernard Laponche, Michel Labrousse

EDF vient d’annoncer l’arrivée sur site du nouveau couvercle de la cuve de l’EPR de Flamanville (communiqué du 16 juin 2026 [1]). Ce nouveau couvercle doit être mis en place lors de la visite complète N°1 (VC1) prévue à partir de septembre 2026 et qui doit durer 350 jours.
Pourquoi changer le couvercle de cuve, pièce maîtresse du réacteur, deux ans après la première divergence de l’EPR (3 septembre 2024), cinq mois seulement après la mise en service commercial et la fin des essais de démarrage de l’EPR ?
La défaillance et la rupture de la cuve d’un réacteur nucléaire de type EPR, y compris son couvercle et le fond de cuve, ne sont pas postulées dans la démonstration de sûreté en application du principe de l’"exclusion de rupture" ; aucune mesure n’est prise pour pallier les conséquences de ces événements supposés ne pas se produire. En conséquence, la qualité de l’acier et le mode de fabrication doivent être irréprochables.
Dès 2005 l’ASN avait alerté EDF sur le fait que l’usine Creusot Forge connaissait de sérieux problèmes de qualité. Grande bénéficiaire de la nucléarisation de notre production électrique décidée en 1974, Creusot Forge a vu son activité baisser dangereusement au début des années 2000 et la rigueur dans la qualité de ses fabrications a été remise en cause. L’instabilité de l’actionnariat de l’entreprise entre 2003 et 2006 n’ont rien arrangé. Malgré cela, Creusot Forge avait obtenu la commande du fond de cube et du couvercle de l’EPR de Flamanville. Les alertes de l’ASN n’ont pas été suivies d’effets et des manquements aux procédures de fabrication et des falsifications de documents de contrôle qualité se sont produits à l’insu de l’ASN.
Or une anomalie de la composition de l’acier de la cuve de l’EPR, en particulier le fond de cuve et le couvercle, a été constatée dès 2006 par AREVA. Mais cela n’a pas empêché la fabrication et la mise en place de la cuve. La décision de ne pas surseoir à la mise en service de l’EPR constitue un scandale couvert par la promulgation du décret dit "ESPN" (arrêté du 30 décembre 2015) qui a permis à AREVA et EDF de contourner la réglementation.
Ce n’est qu’en avril 2014 que l’ASN a rendu publique la non-conformité des deux pièces cruciales à la sûreté de l’EPR et c’est aux termes d’un compromis économique, en 2018, que l’ASN a autorisé la mise en service et l’utilisation de la cuve du réacteur EPR. La décision de l’ASN autorisant la mise en service et l’utilisation de la cuve et du couvercle défectueux, posant comme condition qu’il soit remplacé avant le 31 décembre 2024 (soit après six ans de service car la mise en service du réacteur est alors prévue pour 2018… elle ne sera effective qu’en 2024) avait été précédée d’une consultation publique.
Pour démontrer que la décision de l’ASN n’avait pas lieu d’être et que la consultation publique devait être annulée, Global Chance avait publié une note le 12 septembre 2018, rédigée par Bernard Laponche, intitulée :
COMMENTAIRE SUR LE PROJET DE DECISION DE L’AUTORITE DE SURETE NUCLEAIRE AUTORISANT LA MISE EN SERVICE ET L’UTILISATION DE LA CUVE DU REACTEUR EPR DE LA CENTRALE NUCLEAIRE DE FLAMANVILLE (INB N° 167)
Nous republions aujourd’hui la note de Global Chance du 12 septembre 2018, qui n’a rien perdu de sa pertinence.
Malgré cette mise en garde, la décision de l’ASN sera publiée le 9 octobre 2018 [2].
Lors de la mise en service effective de l’EPR, autorisée le 7 mai 2024 par l’ASN, des voix se sont élevées pour demander d’y surseoir avant que soit disponible et mis en place le nouveau couvercle. Il s’agissait de ne retarder que de quelques mois la mise en service, ce qu’EDF n’a pas souhaité faire, guidé par des motifs politiques. Le couvercle d’origine est maintenant un déchet nucléaire d’importance (une centaine de tonnes) dont les conditions de stockage et de traitement sont incertaines, aucune information sérieuse n’ayant été communiquée par EDF ou ORANO.

Pour lire la note de 2018 :