Communiqué de presse de l’association de scientifiques Global Chance
Paris, le 30 mars 2026
Projet de SMR [1] Newcleo
Des illusions et des mensonges pour alimenter le débat public [2]
Le 2 avril prochain s’ouvrira un débat public sur le projet de nouvelle technologie nucléaire porté par la start-up Newcleo, comportant un réacteur nucléaire en Indre-et-Loire (près de la centrale EDF de Chinon) et une usine de combustible dans l’Aube (près de la centrale EDF de Nogent-sur-Seine).
L’association de scientifiques Global Chance (https://global-chance.org), qui compte parmi ses membres plusieurs physiciens et ingénieurs nucléaires, a participé depuis 2009 à tous les débats publics relevant de ce domaine. Elle a décidé cette fois de refuser de participer à ce débat. Pour son président, le physicien Bernard Laponche, l’information diffusée par le porteur de projet offre au public une vision lacunaire, irréaliste et mensongère de la maturité de sa technologie, de sa capacité à obtenir des matières nucléaires ou à réduire les volumes de déchets, et de ses perspectives de développement en France et à l’international. Un véritable débat public mérite mieux que cela.
Newcleo laisse entendre qu’il est en tête d’une compétition internationale sur les SMR pour la mise en place d’une filière industrielle de réacteurs à neutrons rapides refroidis au plomb (LFR). En réalité, seuls quelques sous-marins militaires russes ont utilisé une technologie proche dans les années 1960, avec un bilan calamiteux. Le seul chantier de LFR existant dans le monde a démarré en Russie en 2021. Le Brest-300 a une puissance prévue de 300 MW électriques mais prépare la construction d’un réacteur de 1200 MWé, pas de SMR. Les quelques autres projets de réacteurs de ce type dans le monde n’existent actuellement que sur le papier.
Newcleo avance un objectif de mise en service en 2032. Cette date n’est pas crédible. Les réacteurs refroidis au plomb présentent de nombreux problèmes non résolus à ce jour. Avec un point de fusion d’environ 330°C, le plomb impose de maintenir en permanence l’installation à une température très élevée. En cas d’arrêt, le réacteur doit disposer d’une puissante alimentation électrique extérieure (diesel ou réseau) pour maintenir le plomb à l’état liquide. Le plomb à très haute température pose d’importants problèmes de résistance des matériaux et de corrosion. De plus, la masse de plomb considérable présente dans l’installation peut aggraver l’impact sur les structures en cas de séisme.
Plus fondamentalement encore, Newcleo ne donne aucune indication sur la provenance du plutonium nécessaire à son fonctionnement. Le plutonium est une matière très dangereuse en termes de sûreté et de radioprotection, mais aussi de prolifération. Si aucun État ne fournit des quantités importantes de plutonium à cet acteur financier privé (l’usine de combustible est censée alimenter des dizaines de réacteurs !), les projets Newcleo n’ont aucun sens. Rien n’indique que l’État français ou des entreprises qui en dépendent soient prêts à céder cette matière.
Newcleo ment lorsqu’il promet de diminuer le volume des déchets nucléaires grâce à un « multirecyclage » du combustible. Débattue depuis longtemps, cette technologie n’est mise en œuvre nulle part dans le monde. La concrétiser imposerait notamment de développer des technologies de retraitement qui n’en sont qu’au stade de l’expérimentation. Le déploiement industriel d’un « cycle fermé » permettant la réduction des stocks de plutonium et d’actinides mineurs n’est envisageable, au mieux, que dans des dizaines d’années. Lors de sa réunion du 12 mars dernier, le Conseil de politique nucléaire a jugé qu’il fallait viser une fermeture du cycle du combustible… en 2100.
Newcleo se vante de disposer de plus de 570 millions d’euros de financements privés provenant de près de 770 actionnaires, mais n’a absolument aucune expérience industrielle et n’explique pas comment il va pouvoir tenir de longues années sans rien produire et réaliser des investissements dix fois supérieurs à la mise de fonds initiale. C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre l’impatience de la start-up par rapport à ce débat public : il faut rassurer les actionnaires, en trouver de nouveaux, et surtout obtenir des financements publics locaux, nationaux et internationaux. Tout investissement prématuré, à commencer par l’achat de terrains et la réalisation d’infrastructures destinées aux deux implantations prévues à Marnay-sur-Seine et Pont-sur-Seine d’une part et à Beaumont-en-Véron d’autre part, risque de se traduire par des coûts échoués, donc irrécupérables, importants… supportés par les instances publiques.
Dans ces conditions, ni l’usine de fabrication des combustibles ni le prototype de réacteur ne sont sérieusement présentés et la CNDP n’aurait pas dû organiser un débat public sur cette mascarade.
Contacts presse :
– Bernard Laponche, tél. 06 08 90 52 48
• Michel Labrousse, tél. 06 84 62 59 91
• Jean-Luc Thierry, tél. 06 70 97 85 90
Pour plus d’information :
Projet de filière de Newcleo -Commentaires de Global Chance
https://global-chance.org/Projet-de-filiere-de-Newcleo-Commentaires-de-Global-Chance
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